Newsletters 2012

Les thèmes abordés lors du Festival font tous l’objet d’articles annoncés dans nos newsletters, qui sont envoyées régulièrement aux personnes désireuses d’en savoir un peu plus sur les sujets traités.

Retrouvez ici l’intégralité des articles pour l’édition 2012.

 

Article 7 : « Reconstruire la filière photovoltaïque française »

Présentation de la table ronde qui se tiendra le samedi 13 octobre à 17h30 à l’Auditorium de Seynod, en présence de plusieurs professionnels de la filière.

« La source et l’essence de notre richesse sont données dans le rayonnement du soleil, qui dispense l’énergie – la richesse – sans contrepartie. Le soleil donne sans jamais recevoir » . Depuis l’origine des temps, l’énergie solaire a permis le développement d’une vie exubérante. Cette richesse est ensuite gaspillée pour le malheur des hommes. Dans son ouvrage de référence, La Part Maudite, le philosophe Georges Bataille explique l’inéluctabilité de la « consumation » des richesses et la malédiction de cette exigence qui se traduit par les guerres ou la dilapidation luxueuse et son corollaire l’injustice sociale.

L’informaticien visionnaire américain Ray Kurzweil que la pertinence de ses prédictions a rendu célèbre, prévoit un futur radieux pour l’énergie solaire. Il affirme que le remplacement des autres sources d’énergie par le solaire prendra vingt ans seulement. Jusqu’à présent, la France s’est efforcée de contredire ces prévisions et la meilleure illustration en a été donnée par le moratoire décrété fin 2010.

Car à la différence de nombreux pays comme l’Allemagne ou d’autres pays du Nord de l’Europe pourtant moins bien servis par les conditions climatiques, la France se refuse à développer cette filière dont la production ne peut être par nature que décentralisée. L’accepter serait renoncer au jacobinisme français qui a inspiré l’organisation du pays après-guerre et conduit au presque tout nucléaire actuel, particularité française défendue contre vents et marées.

La France saura-t-elle remettre en question cette position et reprendre la place qui a été la sienne dans cette industrie d’avenir ?

Comment reconstruire une filière industrielle solaire qui vient d’être saccagée ? Quels sont nos atouts ? Quelle place pour les PME ? Quelle place pour les investisseurs et pour les particuliers ?

L’importation d’énergie contribue à hauteur de 55 milliards d’euros au déficit extérieur de la France, une des causes majeures de ses difficultés et notamment du chômage.

Remplacer l’énergie importée par des emplois en France, tel est l’un des enjeux de la reconstruction de la filière photovoltaïque, à côté de la reconquête partielle de l’indépendance énergétique.

Pour comprendre ces enjeux, évoquer les difficultés mais aussi les atouts de notre pays, nous avons demandé à des acteurs de la filière de venir en débattre dans une table ronde dans le cadre de l’initiative « Annecy, territoire en transition ».

Car il s’agit en l’occurrence pour notre territoire de se donner les capacités de prendre cette part gratuite de la richesse donnée par le rayonnement du soleil pour qu’elle profite à l’emploi sur le territoire et à la prospérité de tous les citoyens.

Michel Vignoud

Président du Festival de l’Economie.

 

Article 6 : « Gaz de schiste : une solution ou un problème pour notre avenir énergétique ? »

Projection du film Gasland suivie d’un débat avec Jacques Cambon, hydrologue, le samedi 13 Octobre à 13h30 à l’Auditorium de Seynod.

A l’heure où la production de pétrole conventionnel stagne (niveau le plus haut obtenu en 2006), la possibilité d’exploiter des gaz de schiste apparaît comme la promesse d’une ère nouvelle pour les énergies fossiles.

Mais de quoi s’agit-il exactement ?

On parle d’hydrocarbures non conventionnels car ils sont répartis de manière diffuse dans des couches géologiques de roche extrêmement dure, le schiste, situé entre 2 500 et 4 000 mètres de profondeur ; contrairement au gaz conventionnel, qui lui, est retenu de façon concentrée dans une poche sous une couche de roche imperméable et facilement fracturable via des forages verticaux. Leur exploitation n’est donc pas aisée techniquement. Jusqu’au début des années 2000, le coût d’extraction de ce gaz était trop important pour en développer massivement l’exploitation. Mais la hausse du prix du gaz en 2003 aux USA et la volonté du pays de s’extraire de la dépendance au Moyen Orient et à la Russie a rendu intéressant le développement de la technologie, essentiellement par des petites sociétés indépendantes au départ. Et c’est ainsi que les USA ont été les premiers à se lancer dans l’aventure; à présent, les gaz de schiste représentent 12% de la production de gaz (2010) contre seulement 1% en 2000, selon l’IFP Energies Nouvelles (organisme public). Et cela pourrait aller jusqu’à 25% en 2030, toujours selon l’IFPEN.

Quelle est l’étendue des réserves et où se trouvent les gisements ?

Au niveau mondial, la connaissance du potentiel reste incertaine ; mis à part dans quelques pays qui n’ont pas de bassin sédimentaire, on peut en trouver quasiment partout. Mais les principales zones se trouvent au Canada, en Chine, Australie, Inde et Europe (principalement Pologne, Ukraine mais aussi France). En Europe, les réserves potentielles de gaz pourraient permettre de réduire la dépendance aux importations, notamment en provenance de la Russie. Et actuellement, ce sont des consortiums d’entreprises pétrolières qui ont pour mission de mieux cerner le potentiel exploitable en Europe.

Et en France ? Les chiffres manquent encore de précision, mais l’Agence Internationale de l’Energie estime le sous-sol français (particulièrement le bassin parisien et le Sud Est du pays) comme l’un des plus prometteurs

Mais leur exploitation est très controversée.

En effet, la méthode de la fracturation hydraulique qui est nécessaire pour extraire les gaz de schiste pose des problèmes environnementaux : pollution de l’eau et du sous-sol notamment ; avec leurs corollaires au niveau sanitaire.

Le débat est aussi éminemment politique : quels choix en matière énergétique allons-nous faire, face aux enjeux économiques mais également climatiques, durables et de société ? Quid de la transition énergétique dans ce contexte ? Comment les territoires français peuvent-ils afficher leur autonomie et affirmer leur choix énergétique dans un contexte règlementaire (droit minier) consacrant l’omnipotence de l’Etat ? Comment notre Région et plus particulièrement la Haute Savoie sont-elles directement concernées aujourd’hui ?

C’est afin de répondre à ces questions que vous est proposée dans le cadre du forum « Territoires en transition », l’intervention de Jacques Cambon, hydrologue et spécialiste des gaz de schiste.

Son intervention fera suite à la projection du film Gasland, un documentaire américain sorti en 2010 et réalisé par Josh Fox, journaliste :

« Un matin, Josh Fox reçoit une lettre d’une compagnie d’extraction de gaz qui lui propose 100 000 $ contre le droit d’installer des puits de forage sur les 10 hectares de terrain familial en Pennsylvanie. Méfiant, Fox souhaite d’abord se renseigner. Il mène donc l’investigation en visitant des zones où le gaz de schiste est déjà exploité ; il interroge des scientifiques, des personnalités politiques et des représentants de l’industrie gazière. Le résultat de son enquête est totalement édifiant ! »

Rachel Dujourdy

Membre de La Terre en Héritage, l’association des Bioconsom’acteurs de Haute Savoie et partenaire du Festival de l’Economie.

 

Article 5 : « Comment mettre la recherche et la science en démocratie ? »

Présentation de la conférence du 12 octobre 2012, avec Jacques Testart.

Personne n’a pour dessein de perturber le climat, de dégrader l’environnement, d’empoisonner les eaux et les sols, de favoriser la perte de biodiversité et la disparition des espèces.

Personne n’a pour dessein de dégrader la santé humaine, de favoriser les malformations génétiques et les perturbations endocriniennes (perte de fertilité).

Personne n’a pour dessein de faire augmenter la température sur la planète de telle sorte qu’il sera bientôt impossible pour l’espèce humaine d’y survivre.

Non, personne, mais la recherche de l’augmentation continue du braquet progrès-croissance associé à la science, à la recherche et à l’innovation technique concourent à la réalisation de ces funestes résultats.

Pourtant, quels espoirs assigne-t-on au progrès ! Et par-delà, quelles missions pour la recherche, la science, l’innovation, pour assurer le bonheur des hommes, leur besoins vitaux, nourriture, santé, protections de toutes sortes, leur faciliter la vie ou tout simplement leur permettre de vivre en ayant un emploi ! Bref, résoudre tous les maux de la société. Objectifs que curieusement assument nombre de responsables scientifiques appuyés en cela par les responsables politiques.

Mais ceux-ci comme ceux-là s’absolvent par avance des déceptions causées par des promesses non tenues et des résultats contraires bien souvent à ceux attendus.

Même si cette soirée-conférence introduira le week-end sur l’initiative « Annecy, Territoire en transition », qui est estampillée cette année « Fête de la science », il n’est nullement question pour le Festival de l’Economie de se prêter à un enthousiasme qu’il est de bon ton d’afficher quand on s’inscrit dans ce genre d’évènement. Nous saisirons en revanche cette opportunité pour réfléchir à la place accordée aux citoyens pour les choix qui président aux politiques de recherche et d‘innovation technique.

Nous avons invité pour nous aider dans cette réflexion Jacques Testart, biologiste, Président de la Fondation « Sciences Citoyennes ». La science, la recherche et son corollaire, voire son objectif prioritaire actuel, l’innovation technique, ne se situent pas dans une tour d’ivoire où elles resteraient indépendantes des états, des partis, des pouvoirs en général et des entreprises.

Comme le dit très justement Matthieu Calame dans son ouvrage « Lettre ouverte aux scientistes », « la recherche n’est pas autoféconde et elle doit coucher avec le monde pour être féconde ». Soit, mais quels contrôles exercent les élus et surtout les citoyens sur les axes qui sont fixés aux laboratoires de recherche, quels contrôles sur les sommes fabuleuses accordées aux entreprises via les subventions publiques et le Crédit Impôt Recherche aux groupes multi-nationaux et aux entreprises ?

Les citoyens n’ont-ils pas de nombreuses raisons de se défier de la science et de la recherche scientifique ? Car la responsabilité de l’innovation technique et de la technoscience dans les problèmes cités en préambule de cette lettre est incontestable.

Doivent-ils être réduits à leur seule dimension de consommateurs ? N’ont-ils pas légitimité à faire connaître leurs choix, à interroger sur les effets induits des choix qui sont faits en leur nom?

Comme cela est souligné dans le livre « Labo planète, ou comment 2030 se prépare sans les citoyens », dirigé par Jacques Testart, « Pourquoi des plantes transgéniques (toujours sans avantages) et pas plus de recherches sur les méthodes culturales ou les améliorations variétales ? Pourquoi les thérapies géniques (toujours inefficaces) et pas plus de recherches sur les maladies contagieuses ou les résistances bactériennes ? Pourquoi de nouvelles machines nucléaires (EPR, ITER, dangereuses pour des millions d’années) et pas plus de recherches sur les économies d’énergie ou la pollution environnementale ? ».

Nul doute que le couple « sciences et démocratie » n’est pas à la fête et l’avenir se prépare sans les citoyens. Si c’est le cas, il est à craindre que ce soit pour le pire. Mais le pire n’est jamais certain, et Jacques Testart et son association « Sciences citoyennes », derrière le constat, nous proposent des alternatives démocratiques pour une science qui ne soit pas pilotée par les marchés, mais qui réponde aux réelles attentes des citoyens tout en intégrant les défis d’un monde fini.

Michel Vignoud

Président du Festival de l’Economie.

 

Article 4 : « Une histoire singulière de la pensée économique »

Présentation de la conférence du 11 octobre 2012, avec Dany-Robert Dufour.

Les vices privés font-ils la richesse publique ? C’est ce que prétendait Bernard Mandeville dans un tract paru anonymement en …1705.

« Soyez aussi avide, égoïste, dépensier pour votre propre compte que vous pourrez l’être, car ainsi vous ferez le mieux que vous puissiez faire pour la prospérité de votre nation et le bonheur de vos concitoyens », c’est l’exhortation qui tenait lieu de sous-titre à sa fameuse « fable des abeilles ».

Montrer les connexions de l’économie avec la philosophie, la psychologie individuelle, la psychologie de masse et les pulsions humaines constitue un des objectifs du Festival de l’Economie. En invitant le philosophe Dany-Robert Dufour, nous sommes au cœur de cet objectif particulier.

A l’heure où l’économie est réduite à l’économisme c’est-à-dire à une approche purement mathématique et aseptisée de l’économie, où les politiques ont cédé leur pouvoir aux technocrates de l’économie de manière effective en Grèce, en Italie ou à la Commission Européenne, D-R.Dufour identifie différentes facettes de l’économie qu’il relie à l’humain. Ainsi, il distingue et analyse l’économie marchande, l’économie du vivant, l‘économie symbolique, l’économie sémiotique (le langage), et l’économie psychique.

Pour ceci, D-R.Dufour convoque les grands penseurs de l’histoire pour montrer comment la pensée libérale s’est façonnée progressivement. Comment le contenu d’un tract qui a fait scandale dans l’Angleterre de 1705, qui disait « Libérez vos pulsions et jouissez sans limites », est devenu la pensée économique de référence du 20ème siècle et s’est érigée en doctrine politique et économique avec le concours de courants de pensée pourtant opposés.

Selon D-R.Dufour, les Anciens « avaient distingué trois libidos ou « concupiscences » : non seulement celle qui découle de la passion des sens et de la chair (…), mais aussi celle qui procède de la passion de posséder toujours plus et de dominer (la libido dominandi) et celle enfin qui touche à la passion de voir et de savoir ».

Notamment, Saint Augustin opposait l’amor socialis, tourné vers les autres, et l’amor sui tourné vers soi, « l’un est soucieux du bien de tous, l’autre va jusqu’à subordonner le bien commun à son propre pouvoir en vue d’une domination arrogante (…), l’un veut pour autrui ce qu’il veut pour lui-même, l’autre veut soumettre autrui pour son propre intérêt .

D-R.Dufour montre, après mille ans de prévalence, le renversement progressif de cette philosophie puritaine par l’idéologie libérale en convoquant pour cela notamment, Pascal, Mandeville et Adam Smith, ainsi que Marx, Kant, Freud, Lacan, pour n’en citer que quelques-uns jusqu’aux philosophes et économistes du siècle passé.

Dans cette revue, D-R.Dufour, et cela pourra en surprendre et en gêner plus encore, s’attarde sur le Divin Marquis. Sade, philosophe des Lumières et ultralibéral? « Tu libèreras tes pulsions et tu chercheras une jouissance sans limites », n’est-ce pas à la fois le crédo sadien et le crédo libéral ?

Bernard Mandeville dans la fable des abeilles suggérait que « les vices des hommes dans l’humanité dépravée peuvent être utilisés à l’avantage de la société civile et on peut leur faire tenir la place des vertus morales ». Adam Smith pouvait alors enchaîner avec sa fameuse maxime « ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière et du boulanger que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu’ils portent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme ».

Ces maximes ont bouleversé les rapports économiques et humains durant les trois derniers siècles et ont trouvé leur apogée politique et économique dans les décennies actuelles. Depuis la « main invisible » d’Adam Smith et sous l’impulsion de Milton Friedman et des Chicago Boys, relayés par Reagan et Thatcher, le marché a été élevé au rang de divinité. Il est donc sacrilège d’oser introduire une quelconque régulation car les hommes « ne pourraient alors qu’entraver le plan divin, lequel doit impérativement se réaliser tout seul pour le grand bonheur de tous », ironise D.R Dufour.

S’il pourfend le narcissisme, l’égoïsme et la cupidité, D-R.Dufour ne rejette pas l’individualisme et appelle de ses vœux cet individu qui rejetterait les comportements égoïstes et cependant totalement grégaires dans son rapport à l’industrie culturelle et au « miroir télévisuel » ainsi que dans ses rapports à la consommation, au politique et au religieux, au social, au savoir, à la loi.

Partageons avec D-R Dufour ce voyage instructif et édifiant dans les fondements de notre société.

Michel Vignoud

Président du Festival de l’Economie.

 

Article 3 : « Et l’industrie réenchantera la France »

Présentation de la conférence du 10 octobre 2012, avec Gabriel Colletis.

« Aucun pays ne peut se développer ou rester un pays avancé sans base productive. C’est pour l’avoir ignoré que certains pays s’enfoncent aujourd’hui dans le chaos et que d’autres, dont la France, risquent d’être entraînés sur la pente du déclin. » (Colletis, p.13, 2012)

En ce début de 21e siècle, l’industrie est menacée par la croyance en une nation sans industrie (le mythe de la « société post-industrielle »). Celle-ci est d’autant plus dangereuse qu’elle se marie facilement avec une diminution des investissements industriels publics (politiques d’austérité). Dans le même temps, une crise socio-économique et environnementale est à l’œuvre en France. En effet, les inégalités sociales persistent, l’endettement public et le chômage augmentent et notre empreinte écologique est trop élevée. Face à ces constats, Gabriel Colletis montre que renouer les liens entre l’industrie, le travail et la démocratie constitue une solution pour résoudre la crise actuelle par le fer de l’industrie et non par l’or de la finance « (ferro non auro) ».

Le mythe de la société post-industrielle s’est construit sur la base des politiques néo-libérales développées par Donald Reagan et Margaret Thatcher au début des années 1980. L’heure des services et des hautes technologies ayant sonnée, les pays développés ont été sommés de se spécialiser dans des secteurs pour lesquels ils avaient une longueur d’avance (« un avantage comparatif ») et à abandonner les « vieilles » activités. Dans le cas de la France, ce mythe s’est traduit par des politiques industrielles inadaptées, instables dans le temps, trop ciblées sur les « champions nationaux » et l’abandon de projets industriels de long terme. Les complémentarités entre les entreprises elles-mêmes et les territoires français ont également été négligées. En parallèle, l’augmentation de la mobilité des biens et des services (l’internationalisation) puis celle des entreprises et des capitaux (la mondialisation et la financiarisation) ont accentué l’érosion productive du tissu industriel français.

Ces dynamiques ont progressivement découplé les gains de productivité des salaires, véhiculé une négation des compétences des travailleurs, rendu floue l’appartenance nationale et territoriale des entreprises et opposé les PME aux grandes entreprises. De plus, les branches les plus influentes du patronat français ont présenté les salaires exclusivement comme des coûts à minimiser, asservi l’Etat aux intérêts des grands groupes, permis la pénétration massive de capitaux étrangers dans les entreprises françaises et contribué à l’inégalité fiscale entre les entreprises. La valeur actionnariale est devenue la référence et a servi de justification à des politiques de délocalisation, de « dégraissage » et de cessions d’actifs jugés peu stratégiques. Dès lors, la compétitivité prix basée sur la valeur actionnariale est devenue la référence.

De plus, la séparation géographique des activités de production et de recherche s’est avérée insoutenable à long terme pour les entreprises. L’avance en technologie, en connaissances et en savoir-faire des pays développés (« le rempart de la productivité ») ne les protège plus des pays émergents. Et la focalisation sur le coût du travail et la fiscalité des entreprises entraîne les pays développés dans une régression sociale sans précédent.

Pour Gabriel Colletis, il est donc nécessaire de changer de direction en renouvelant le lien capital – travail (« le pacte social »). Cette action démocratique permettrait de (re)lier le travailleur, l’entrepreneur, le consommateur, l’actionnaire et le politique. Dans cette perspective, il est nécessaire de définir des projets industriels de long terme qui enracinent les entreprises dans les territoires. De plus, cette action doit être associée à la reconnaissance de la valeur du travail, à la nécessité de produire des biens et des services utiles socialement et au respect de la nature.

Etienne Duchatel

Doctorant à l’Université de Savoie.

 

Article 2 : « L’hyperconsommation, un bonheur paradoxal ? »

Présentation de la conférence du 9 octobre 2012, avec Gilles Lipovetsky.

« Nous accueillerons le 9 octobre 2012 à 20h à la MJC de Novel, le philosophe et sociologue Gilles Lipovetsky pour une conférence sur un sujet au coeur de la problématique économique et sociétale actuelle : l’Hyper-consommation.

Gilles Lipovetsky, agrégé de philosophie, membre du conseil d’analyse de la société auprès du premier ministre, mène depuis de nombreuses années des études sociologiques approfondies sur l’évolution de notre société et plus spécialement sur les notions d’hyper-modernité et d’hyper-individualisme. Il est un conférencier et un consultant apprécié dans un certain nombre de pays étrangers.

Son analyse de la société postmoderne, se révèle extrêmement intéressante car elle ne se contente pas de présenter des faits, sa culture philosophique lui permettant de formuler des opinions tranchées sur les dérives vers lesquelles peuvent conduire les comportements individualistes et fortement narcissiques de nos contemporains.

Parmi les nombreux sujets que ce vaste chantier offre à notre réflexion, il se propose de nous entretenir plus spécialement durant trois quarts d’heure du paradoxe auquel mène la recherche effrénée des jouissances matérielles à laquelle nous incite notre société d’hyper-consommation qui a pour contrepartie marquante une insatisfaction existentielle de beaucoup d’entre nous qu’il traduit crûment par : « la violence du bonheur ».

La qualité de l’orateur, son expérience de conférencier lui permettent de rendre ce sujet vivant et d’ouvrir ensuite un large débat avec l’auditoire. »

Jean-Paul Caniez

Administrateur du Festival de l’Economie et d’Annecy Initiative.

 

Article 1 : Les thèmes de l’édition 2012 du Festival de l’Economie

« Des réflexions de fond, mais aussi l’actualité économique et politique avec plusieurs longueurs d’avance, c’est ce que vous propose le Festival de l’Economie d’Annecy.

C’est ainsi que lors de la première édition de 2010, nous avions lancé le débat sur la dette publique et ses origines avant que celle de la Grèce ne menace de faire exploser la zone euro, mais aussi celui sur la désindustrialisation en France, sujet encore tabou et totalement nié à l’époque, et qui a surgi dans l’actualité avec les fermetures d’usines pendant la période électorale récente.

Lors de cette même édition 2010, nous mettions également les projecteurs sur le réchauffement climatique, en ne renvoyant pas le sujet aux « générations futures » qui devront se débrouiller avec les problèmes que nos comportements égoïstes et notre vision court-termiste (après nous le déluge !) leur auront laissés.

Lors de l’édition 2011, la projection du film « Mémoire d’un saccage », sur la crise argentine du début des années 2000, anticipait le saccage actuel de l’économie grecque, celui à venir pour l’Espagne et pour les autres pays du Sud de l’Europe dont malheureusement la France. La conférence d’Henri Sterdyniak, sur le thème «Les marchés contre la démocratie et l’emploi » montrait l’incohérence et l’effet catastrophique pour l’économie des politiques d’austérité menées par les gouvernements européens. L’actualité de ces derniers jours montre qu’il a même été entendu par Madame Merkel.

Cette édition 2012 abordera un nouveau thème qui devra être celui de la décennie qui vient sauf à risquer que notre territoire et ses habitants ne souffre de graves déconvenues et de chocs économiques majeurs. Le Festival de l’Economie d’Annecy lance cette année l’initiative « Annecy, territoire en transition » (énergétique). Parce qu’il faut être ambitieux et se fixer des objectifs quantifiables, j’ai proposé d’afficher d’emblée un objectif clair « Annecy, territoire à énergie positive ».

Ce ne peut être bien entendu l’association « le Festival de l’Economie d’Annecy » qui assurera la mission correspondante mais nous contribuerons par nos apports d’idées, de réflexions, et d’exemples à mobiliser la population et les élus sur ce thème.

Nous aurons, cette année encore, des invités de très grande qualité que nous vous présenterons dans nos prochaines news.

Nous vous proposerons de vous interroger sur les choix relatifs à la recherche dans notre pays et sur les choix énergétiques. Un sociologue de renom analysera le phénomène de l’hyper consommation. Nous illustrerons la transition qui a déjà commencé sur notre territoire par l’engagement pionnier de certains de nos paysans. Nous nous interrogerons sur l’histoire et la place qu’il convient de donner à l’industrie. Nous vous inviterons à une réflexion philosophique sur la genèse et l’évolution du libéralisme dans l’histoire et nous confronterons le dogme libéral à la finitude du monde. »

Michel Vignoud

Président du Festival de l’Economie.