Projet

L’initiative « Annecy, territoire en transition »

La 3° édition du Festival de l’Economie a été l’occasion d’aborder le thème des « Territoires en transition », à travers des conférences et un forum organisé les 13 et 14 octobre 2012. Ce thème vient d’une initiative locale, dont les objectifs sont les suivants :

• Offrir une réponse à la menace du réchauffement climatique.
• Rendre nos territoires résilients à l’augmentation prévisible et importante des coûts de l’énergie.
• Renforcer le tissu économique local et développer l’emploi local en travaillant sur les deux thèmes précédents.
• Mobiliser la population, la société civile, les élus, les entreprises pour ce projet.
 
Pour plus d’informations, téléchargez ce document proposé par Michel Vignoud : Initiative -Annecy, territoire en transition-, et n’hésitez pas à nous contacter via le formulaire de contact de ce site.
 
 
 

La transition et le pic pétrolier

Le Festival de l’Economie a participé en juin 2012 au lancement de l’ouvrage « Vagabondage bio en Haute-Savoie », dans lequel un article parle des liens entre l’agriculture et l’énergie. Nous vous invitons à prendre connaissance de cet extrait, qui est directement lié au concept de la transition.

 

Agriculture et énergie

Le pic de pétrole : « demain » les conséquences d’« hier »

Pour la génération du baby-boom, née dans les années 1950, « demain », la date hypothétique à laquelle tout le monde se référait, c’était l’an 2000. Les voitures voleraient, les gens mangeraient des pilules et on irait faire du tourisme dans l’espace. Pour les générations suivantes, « demain », c’est 2025 et c’est moins attrayant. Nous serons 8 milliards d’êtres humains, la Chine sera peut-être la prochaine puissance économique, trois milliards de personnes manqueront d’eau, la demande mondiale d’énergie aura, d’après l’Agence Internationale de l’Énergie augmenté de 50% par rapport à 2005 (1). Mais, 2025, cela semble encore loin, et tout aussi hypothétique.

Pourtant, l’événement majeur qui va en partie influencer ce « demain », s’est produit « hier », en 2006 pour être plus exact, selon la même l’Agence. Cet évènement, c’est le pic de pétrole, c’est-à-dire le moment où sa production a atteint son plus haut niveau ; niveau qui restera indépassable en raison du tarissement irréversible des ressources (2) malgré les nouveaux gisements continuant à être découverts, ou les nouvelles techniques d’extraction non conventionnelles (sables ou schistes bitumineux). Cela signifie que si les tendances économiques et les modes de production, de transport et de consommation ne se modifient pas, le prix du baril de brut ne cessera d’augmenter, conséquence mécanique d’une demande grandissante et d’une offre qui diminue. Cette augmentation aura des conséquences directes sur le prix des denrées alimentaires. En effet, l’agriculture productiviste est totalement dépendante du pétrole utilisé pour faire fonctionner les tracteurs et les machines agricoles, chauffer les lieux de productions hors sol, fabriquer des engrais chimiques, des pesticides, des serres, des emballages, des outils, sans parler du transport et de la conservation.

Inutile d’imaginer qu’une autre forme d’énergie pourrait remplacer le pétrole, aucune ne réussissant à être « aussi bon marché, aussi transportable, aussi répandue, aussi facile et universelle d’usage (3) ». Le gaz naturel ne pourra pas se substituer au pétrole pour des centaines de produits issus de la pétrochimie et il commence lui aussi à décliner dans certaines régions. Faire le choix des biocarburants conduirait rapidement l’humanité à choisir entre manger et produire : « Même si nous consacrions toutes nos terres arables à la production de biocarburant, nous n’arriverions à produire que le quart de notre consommation actuelle de carburant. Nous pourrions tous mourir de faim dans un embouteillage (4) ». Certains présentent le retour au charbon, moteur des premières révolutions industrielles, comme la solution. C’est sans compter sur son impact environnemental : « La plupart des gens soutiennent qu’il reste encore du charbon pour 300 ans, assez pour nous faire bouillir vivants dans notre propre climat. (5) »

Pour que le passage de l’humanité par la phase descendante de la courbe de production de pétrole ne soit pas trop traumatisant, violent et inégalitaire, il est indispensable de repenser nos modes de production, de consommation, de transport : en somme toute l’activité économique. La diversification des sources énergétiques va s’imposer en réaction à l’augmentation du prix du pétrole, mais pour que le remède ne soit pas pire que le mal, un changement de comportement s’impose. Les solutions existent. L’agriculture « biologique et locale », dans le cas de la production alimentaire, est considérablement moins gourmande en énergie fossile. Elle requiert moins l’utilisation de machines agricoles, ne produit pas d’aliments sous serres chauffées ou dans des usines à bétail, n’utilise pas d’engrais chimiques ni de pesticides, utilise moins d’emballages et est distribuée par des circuits courts. Sa source d’énergie est le soleil, que les plantes transforment elles-mêmes grâce à la photosynthèse. Bonne nouvelle, cette source d’énergie sera disponible en flux continu pendant encore… 5 milliards d’années.

 

(1) L’Agence Internationale de l’Energie est une agence autonome de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).

(2) Ces chiffres sont tirés du rapport de la Commission Européenne, Le Monde en 2025, La montée en puissance de l’Asie et la transition socio-écologique, Bruxelles, Espace Européen de la Recherche, 2009, p.9 à 15.

(3) Agence Internationale de l’Energie, World Energy Outlook 2010, 2009, cité par Auzanneau Matthieu. (Page consultée le 24 août 2011), Tout va bien – Le Peak Oil est atteint, dit l’Agence Internationale de l’Energie, Lemonde.fr Blogs. [En ligne]. Adresse URL : petrole.blog.lemonde.fr/2010/11/18/tout-va-bien-le-peak-oil-est-atteint-dit-lagence-internationale-de-lenergie/

(4) Cochet, Yves, Antimanuel d’Ecologie, Paris, Bréal, 2009, p.107.

(5) Strahan, David, The Last oil Shock, John Murray Publishing, 2007. Cité dans Hopkins Rob, Manuel de transition, de la dépendance à la résilience, Montréal, Les Editions Ecosociété, 2010, p. 77.

 

Article (p. 62-63) tiré de l’ouvrage « Vagabondage bio en Haute-Savoie », écrit par Virginie Heitz et Pauline Vignoud, sous la direction de Michel Vignoud. Editeur : Alpes Contrôles, juin 2012.

Pour plus d’informations et pour commander l’ouvrage, cliquez ici.